Vendredi Saint – des serpents et une croix


Vendredi Saint.

Ça a toujours été ma hantise. Un peu en tout cas.

Non pas parce que je ne crois pas en ce que Jésus soit mort pour nous, ou en la résurrection, ou que j’ai des problèmes avec. C’est plutôt lié à mes souvenirs que j’ai des Vendredi saints passés.

Mais au fond, quand on dit que Jésus est mort, et qu’il est mort pour nous, pour notre salut, qu’est-ce que cela veut dire ? Comment est-ce que la mort d’un homme il y a 2000 ans peut-elle être important pour moi aujourd’hui ?

Pour répondre à cette question, je voulais voir ce que Jésus lui-même avait à dire pour expliquer sa venue et sa mort à un de ses contemporains.

Celui-ci s’appelait Nicodème. D’après Jean, il est venu pour voir Jésus, papoter un peu, au milieu de la nuit. Ils parlent du Royaume de Dieu, de la vie éternelle et de la seconde naissance.

Jésus explique à Nicodème que l’être humain, quand il est livré à lui-même, n’arrive pas à vraiment connaître et à saisir les choses de l’Esprit et des réalités divines ; celles-ci doivent être accueillies dans la foi.

Pour expliquer sa mort, Jésus utilise une histoire bien connue par Nicodème et les autres juifs : l’histoire du serpent d’airain.

Les Israélites étaient dans le désert. Ils avaient physiquement quitté l’esclavage de l’Égypte, mais ils avaient encore une mentalité d’esclaves. Ils devaient d’abord apprendre la liberté. Physiquement, ils étaient sortis – ma ils n’étaient pas encore libres, totalement. Et voilà, ils se mettaient de nouveau à se plaindre et à critiquer, et voulaient presque retourner en Égypte.

Alors Dieu se mit en colère et envoya es serpents brûlants, qui mordirent beaucoup de monde. Ceux qui avaient été mordus mouraient. Alors ils venaient vers Moïse, s’excusèrent et lui demandèrent d’intercéder en faveur d’eux. Dieu lui commanda de faire un serpent d’airain, de le mettre sur une perche, et quiconque regarda ce serpent, serait guéri et sauvé.

Déjà au temps de Jésus, ce texte autour de cette histoire avait entrainé de nombreux débats et interprétations.

Si on compare ces serpents brûlants avec leurs morsures aux morsures de nos passions, de nos désirs, à la morsure brûlante de la tentation et du péché qui vient tuer notre esprit, on ne peut plus parler d’un Dieu qui cherche à se venger et à éliminer le coupable, mais que ce sont en fait nos propres désirs qui se tournent contre nous.

Dieu ne cherche pas à éliminer le coupable. Il cherche à le sauver :

« Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde puisse être sauvé par lui. »[1]

Dieu cherche à nous sauver. Il cherche à nous sauver des morsures de nos propres serpents brûlants.

Pourquoi ? Parce qu’il a tellement aimé le monde, parce qu’il a tellement aimé chacun, a tant eu de tendresse pour nous, qu’il a tout fait pour nous sauver – jusqu’à envoyer son fils.

Nous n’avons rien à craindre de lui.

Mais nous pouvons tout espérer.

Dieu lui, il a agi. Face à cette situation, il a agi, par amour. « Car Dieu a tant aimé le monde… »[2]. Il n’a pas méprisé le monde à cause de son état, il l’aimé – malgré son état. Il n’a donc pas proposé une sortie du monde, ou une fuite, mais un changement de regard, en plein milieu du désert.

Les Israélites devaient ne plus regarder les serpents qui rampaient par terre, mais élever leur regard vers celui qui était attaché sur une perche. Ils devaient se retourner.

Ce parallèle entre le serpent d’airain et le Christ en croix nous dit que, pour être sauvés, et ne pas mourir des morsures de nos propres serpents brûlants – nos désirs, tentations, qui se tournent contre nous, la violence qui nous habite, nous devons dépasser ces tentations et élever nos regards.

Élever nos regards vers le Christ en croix pour nous ouvrir à Dieu, et pour voir le visage de Dieu – le visage d’un Dieu plein de tendresse et d’amour, qui donne tout pour ses enfants.

Jésus, le Christ en croix, sauve. Nous sauve.

Sauve tous ceux qui le regardent, tous ceux qui ont foi en lui.

Il n’est pas venu pour condamner le monde, mais pour le sauver. Nous sommes alors libérés des morsures du mal et de ses effets, des brulures, et pouvons déposer tous nous fardeaux au pied de la croix.

Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi il faut que le Christ vivant soit élevé dans nos vies, jour après jour.

 

Prions :

Tu t’es abaissé, et tu nous as élevés,
tu t’es humilié, et tu nous as honorés,
tu t’es fait pauvre, et tu nous as enrichis…
tu montas sur un âne, et tu nous as pris dans ton cortège…
tu fus conduit prisonnier chez le grand prêtre, et tu nous as libérés…
tu gardas le silence, et tu nous as instruits,
tu fus souffleté comme un esclave, et tu nous as affranchis,
tu fus dépouillé de tes vêtements, et tu nous as revêtus.
Tu fus attaché à une colonne, et tu as détaché nos liens,
tu fus crucifié, et tu nous as sauvés,
tu goûtas le vinaigre, et tu nous as abreuvés de douceur,
tu fus couronné d’épines, et tu nous as faits rois,
tu mourus, et tu nous as fait vivre,
tu fus mis au tombeau, et tu nous as réveillés.
Tu ressuscitas dans la gloire, et tu nous as donné la joie…

Amen.

(Prière de l’église maronite)

 

[1] Jean 3,17

[2] Jean 3,16

Publié par

dianaschaerer

Théologienne, blogueuse et prédicatrice, mère de deux enfants, épouse et auteur d’un petit commentaire sur l’Ecclésiaste – telle est celle qui se cache derrière ce petit coin du web. Theologian, blogger and preacher, mother of two children, wife and author of a small commentary on Ecclesiastes – just some of the facets of the gal to whom this corner of the web belongs.

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