Marie Madeleine – petite critique du film


mary magdaleneLundi passé, j’ai été voir le film Marie Madeleine, et je l’ai apprécié pour plusieurs raisons: Marie, Jésus et les disciples étaient des juifs parmi des Juifs en Israël, il y avait une certaine quantité d’hébreu (ok … ça aurait dû être de l’araméen) dans le film, et le l’utilisation de parties de la liturgie juive (en fait la liturgie mizrahi, utilisée dans la région), a créé un sentiment de continuité entre les Juifs d’alors et les Juifs maintenant.

Ayant eu Amy-Jill Levine comme conseillère pour le film, il a évité certains des pièges habituels que ces films peuvent avoir, et j’ai aimé la façon dont Judas a été dépeint. En outre, le film a montré le climat et les tensions en Israël sous l’occupation romaine sans être trop préoccupé par la présence romaine; les scènes comme le procès devant le Sanhédrin, Pilate et Hérode ont été évitées.

Mais le film a aussi sa part de problèmes: l’utilisation de la liturgie juive contemporaine – même si certaines prières remontent à l’époque de Jésus – peut créer l’idée fausse et déplorable que le judaïsme est un fossile, figé dans le temps, sans changements depuis le temps de Jésus jusqu’à aujourd’hui.

En outre, Jésus semble assez « défoncé » à différents moments du film, et son insistance sur la foi en lieu et place du respect de la loi rituelle donne l’impression qu’il ne se soucie pas de la loi – ce qui est tout à fait contraire à ce que disent les évangiles (même la scène où il chasse les changeurs d’argent du Temple a dû être réécrite pour être ajusté à ces idées), et cette dichotomie de la foi contre les œuvres est fausse.

En tant que tel, bien sûr le film évite d’être ouvertement marqué par la théologie du remplacement (et c’est la partie que j’ai appréciée – parce que beaucoup d’autres films du genre me font grincer des dents -, ainsi que certains changements de perspective), mais il représente toujours le Judaïsme comme quelque chose d’archaïque et démodé. C’est problématique.

Une scène que j’ai trouvée problématique est celle concernant le viol et le féminicide. Alors que je suis d’accord que la haine, la violence et les représailles ne sont pas une solution, la façon dont elle a été gérée est troublante (ce n’est peut-être pas uniquement anecdotique que le film est distribué par Weinstein aux USA…).

Un autre détail troublant est la quantité de blancheur dans le film, d’une Marie tout à fait blanche à un Jésus très blanc, avec leurs vêtements de couleur crème. La seule personne de couleur, Peter, est en même temps le personnage le plus misogyne, risquant de rejeter ce genre d’image sur les hommes africains (pourquoi un acteur britannique était-il obligé de parler avec un accent africain dans la version anglaise?).

Pour terminer sur une note positive, j’ai par contre bien aimé la façon dont Marie a été montré: non pas une prostituée, mais une disciple de Jésus, efforcé de comprendre l’enseignement de Rabbi Jésus, pleine d’amour pour son Maître et dévouée jusqu’à la fin, première témoin de la résurrection et Apôtre des Apôtres: je ne me tairai pas.

Publié par

dianaschaerer

Théologienne, blogueuse et prédicatrice, mère de deux enfants, épouse et auteur d’un petit commentaire sur l’Ecclésiaste – telle est celle qui se cache derrière ce petit coin du web. Theologian, blogger and preacher, mother of two children, wife and author of a small commentary on Ecclesiastes – just some of the facets of the gal to whom this corner of the web belongs.

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