Petite intro dans l’exégèse Rabbinique


Un passage du Zohar (un commentaire mystique de la Genèse) dit : « Malheur à l’homme qui vient nous déclarer que la Torah nous conte l’histoire du monde, et qu’elle nous rapporte les évènements des hommes de cette même période ». Cela veut dire que la Bible ne parle pas d’hier, mais uniquement de l’aujourd’hui de la Torah.

L’étude de la Torah, ou de la Bible, doit être quelque chose qui nous transforme. S’immerger dans son monde, et dans les textes de la tradition nous implique au plus profond, et transformer notre moi.

Étudier juste pour l’amour de l’étude (appelé Torah l’shmah) est très important, mais les Rabbins soulignent qu’il est primordial que cette étude affecte nos vies, et notre vie de tous les jours. Si cette étude n’affecte pas notre vie, elle est, finalement, inutile. Ainsi, on étudie pour mieux pratiquer. Cette étude doit être un véhicule, et influencer notre façon d’agir dans ce monde.

מָֽה־אָהַ֥בְתִּי תֹורָתֶ֑ךָ כָּל־הַ֝יֹּ֗ום הִ֣יא שִׂיחָתִֽי׃
מִכָּל־מְלַמְּדַ֥י הִשְׂכַּ֑לְתִּי כִּ֥י עֵ֝דְוֹתֶ֗יךָ שִׂ֣יחָה לִֽֿי׃

Combien j’aime ta Torah ! Toute la journée, j’étudie en elle… J’ai acquis plus de connaissance que tous mes enseignants, car tes ordonnances sont mon sujet d’étude.

Ou :

Combien j’aime ta Torah ! Toute la journée, j’étudie en elle… J’ai acquis de la connaissance de tous mes enseignants, car tes ordonnances sont mon sujet d’étude.

Psaume 119, 97 + 99

Celui qui est sage apprend de tout le monde… (Pirqe Avot 4,1) Ce proverbe vient d’un Rabbin du 2ème siècle. Lui-même dit avoir tiré cet enseignement de Psaume 119,97-99, en jouant sur les différentes possibilités pour traduire la préposition min en hébreu.

L’interprétation juive traditionnelle est marquée par ce jeu sur les mots, les différentes façons de traduire et d’associer des textes et des significations, au point d’interpréter non seulement le texte, mais aussi les lettres dont il est composé, l’espace entre les lettres, et les défaillances dans le texte.

Des manques d’information ou des contradictions dans un texte ou entre différents textes ne posent pas de problème, mais au contraire, donnent lieu à une lecture très libre et créative.

En étudiant la Torah, la Bible, chaque verset, chaque mot, et surtout chaque difficulté dans le texte, ou lettre, est traité comme quelque chose auquel on peut s’accrocher pour en dégager une signification.

Ce qu’on appelle un « Midrash », c’est une interprétation, souvent sous forme d’histoire ou de parabole, mais aussi de sermon. Le terme midrash vient de la racine darash, qui signifie « rechercher, chercher, demander (sans un sens fort). C’est une tentative constamment renouvelée de trouver du sens dans le texte ; un sens contemporain applicable à nos vies aujourd’hui ; c’est une forme d’art qui existe depuis les temps bibliques jusqu’à la création de midrashim contemporains aujourd’hui.

Le texte, surtout quand il n’est pas tout à fait « lisse », invite le lecteur à en tirer du sens. Le texte gagne en signification quand le lecteur lui donne un sens, même si ce sens est un autre que celui que l’auteur du texte a voulu lui donner.

Lire et étudier la Bible est un processus dynamique et interactif pendant lequel le texte et son lecteur deviennent UN, et à ce moment, du sens est créé. Comme le texte nous nous affecte et nous touche là où nous sommes et avec toutes nos difficultés, nous faisons plus que de lire le texte : nous l’expérimentons.

Toute interprétation n’est qu’un sens des nombreuses façons possibles de lire le texte. Chaque fois qu’un individu s’approprie le texte, un nouveau sens est créé. Les Rabbins ont souligné cette nature plurivoque de la Torah en parlant des 70 faces de la Torah ; la Bible est un joyau aux facettes multiples. Les mystiques parlent des 600’000 aspects de la Torah, un nombre qui fait écho au nombre des Israélites sortis d’Égypte.

Chaque lecteur entend le texte à la manière qui est propre à lui. Ainsi, il y a toujours un davar acher, une « autre interprétation », sans forcément vouloir toujours chercher à lisser les contradictions et problèmes dans le texte. La vérité implicite dans le texte de la Torah est si riche qu’elle peut être révélée de façons innombrables.

La lecture de la Bible nous force de nous impliquer, et de réfléchir sur nous-mêmes. Ainsi, avec chaque histoire étudiée, nous n’apprenons pas uniquement quelque chose sur le texte, mais aussi à propos de nous-mêmes.

Nous apportons des parties de notre être dont nous ne sommes pas toujours conscients, et répondent à nos propres questions et dilemmes. A travers le miroir du texte, nous pouvons voir qui nous sommes, et qui nous pouvons devenir.

L’effort ne porte alors pas sur une harmonisation ou un lissage des textes, et la recherche des sources, mais sur l’interprétation du texte, et son actualisation.

Les mots de la Bible s’adressent alors à chacun d’entre nous dans un sens unique à chacun et chacune. L’étude est une porte vers la rencontre avec Dieu – et chacun a la capacité d’entrer par cette porte.

La clé est de toujours bien faire attention à chaque mot du texte biblique. Dieu est comme une statue qui à de nombreux côtés, et la Parole de Dieu est entendu de différentes manières par des personnes différentes qui l’étudient – mais Dieu lui reste Un seul.

Pour les Rabbins, Dieu est l’auteur des Écritures Saintes, et pour eux, même les « vides » dans le texte sont des éléments centraux car ils y ont été placés intentionnellement, et doivent donc aussi être interprétés. Le Midrash est l’art d’entrer dans ces interstices, ces ouvertures.

Quand nous entrons dans ces interstices, et méditons le texte, y découvrons du sens pour nous aujourd’hui – alors le texte devient pour nous nourriture.

Cette « lutte » d’avec le texte de la Bible a toujours lieu dans le contexte d’une communauté – sans les autres, l’étude se trouve comme affaibli. Un individu a besoin du groupe que le groupe a besoin de l’individu – tous ensemble, et l’étude portera ses fruits. Ceux qui étudient de cette façon deviendront à leur tour une fontaine, une source dont jaillit de l’eau vivante et seront pleins de joie, de justice et d’humilité.

Comme Dieu est imaginé comme étudiants lui-même les Écritures Saintes, en les étudiant à notre tour, nous imitons Dieu et nous attachons à lui. Ceci est le but ultime de l’étude : étudier pour pratiquer, et étudier pour montrer notre amour pour Dieu et de s’attacher entièrement à lui. Ses paroles deviendront une partie de notre être.

Pour y arriver, il faut les méditer continuellement.

Ainsi, cette étude fortifiera notre relation avec Dieu, et avec les autres. Peu important combien peu (ou combien beaucoup) nous savons déjà, chacun bénéficiera de de l’étude de la Torah. Nous y trouverons tout ce qu’il nous faut pour discerner du sens pour nos vies et de mieux comprendre nos relations avec ceux qui nous entourent.

Toutes ces études doivent mener vers l’action ; ce qui a le plus important est la façon dont nous nous traitons les uns les autres (Lévitique 19,18) puisque nous sommes tous créées à l’image de Dieu. Même dans les déserts de nos vies nous ne sommes pas seuls, et les eaux douces des Écritures peuvent adoucir les amertumes de nos vies.

 

Publié par

dianaschaerer

Théologienne, blogueuse et prédicatrice, mère de deux enfants, épouse et auteur d’un petit commentaire sur l’Ecclésiaste – telle est celle qui se cache derrière ce petit coin du web. Theologian, blogger and preacher, mother of two children, wife and author of a small commentary on Ecclesiastes – just some of the facets of the gal to whom this corner of the web belongs.

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